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Canne blanche ou chien guide : Choisir son aide à la mobilité

Vous perdez la vue et vous vous demandez quelle serait l’aide la plus adaptée pour garder votre autonomie de déplacement ? Vous êtes un utilisateur chevronné de la canne blanche mais réfléchissez à accueillir un chien guide dans votre vie ? Chaque solution a ses avantages et ses inconvénients. A vous de voir ceux que vous êtes prêts à accepter ! J’en ai dressé une liste que j’ai voulu la plus objective possible.

A savoir avant de faire un choix entre canne blanche et chien guide !

Quelle que soit l’aide à la mobilité choisie, vous devrez d’abord apprendre à vous déplacer en sécurité et en autonomie. Savoir vous repérer, vous orienter, traverser la rue avec ou sans feu sonore…, tout cela s’apprend avec un instructeur en locomotion. Ces professionnels sont malheureusement en nombre insuffisant par rapport au nombre de demandes. L’attente est souvent longue pour obtenir des cours. Pour cela, il est généralement nécessaire de passer par un centre de rééducation.
Dans tous les cas, et même si vous avez décidé de faire une demande de chien guide d’aveugle, vous devrez d’abord bien maîtriser la technique de canne et les techniques de déplacement adaptées à votre déficience visuelle.

La canne blanche : peu encombrante mais fatigante

La canne blanche, aussi appelée canne longue ou canne de locomotion, représente le prolongement de la main. Le principe consiste à toucher le sol devant soi pour prendre connaissance des obstacles.

Commençons par ses inconvénients.

  • Pour se déplacer en sécurité, la technique de canne est exigeante et demande une grande concentration. Le moindre déplacement entraîne une fatigue importante.
  • Malgré l’habitude et une bonne maîtrise de la technique de canne, les chocs et les chutes sont fréquents. Parfois du fait de l’utilisateur (manque d’attention, distraction), mais souvent du fait des dangers présents sur la voirie (obstacles en hauteur, chantiers non protégés).
  • La canne blanche peut avoir un effet stigmatisant ou renvoyer une image négative. Afficher son handicap visuel s’avère parfois psychologiquement difficile pour les personnes perdant la vue.
  • L’efficacité de la canne blanche est très dépendante de l’environnement ou de la météo. Les repères tactiles disparaissent de plus en plus dans les nouveaux aménagements urbains. Et quand ils existent, il suffit d’un amas de feuilles mortes ou d’une chute de neige pour qu’ils deviennent inutilisables. Les revêtements très rugueux ou accidentés sont également très inconfortables pour effectuer un balayage efficace.

Mais la canne blanche a aussi des avantages !

  • Se procurer une canne blanche est très facile. Il suffit de se rendre dans une pharmacie, une boutique de matériel spécialisé ou de la commander en ligne. Pour choisir la bonne taille, le haut de la canne doit être à la hauteur de votre aisselle.
  • Son coût est faible. Entre 15 et 60 € selon le matériau choisi, il peut être pris en charge par l’Assurance Maladie et les complémentaires santé sur présentation d’une prescription médicale.
  • La canne blanche permet d’avoir une représentation fine de son environnement et d’anticiper les moindres dénivelés du sol.
  • Le déplacement à la canne est plus favorable à la prise de repères.
  • La canne blanche est un outil très efficace pour signaler son handicap visuel aux autres. Si cela peut être difficile à assumer au début, c’est tout de même un gros avantage pour solliciter de l’aide ou une attention particulière, par exemple au moment de traverser la rue.
  • Une canne blanche peut se plier, se ranger dans un sac, s’oublier dans un placard, ce qui s’avère très pratique quand on n’en a pas besoin sur le moment.

Le chien guide : un compagnon formidable qui demande une attention permanente

Faire une demande de chien guide d’aveugle est selon moi un vrai choix de vie. D’ailleurs, le parcours à suivre pour obtenir ce précieux compagnon vous laisse bien le temps d’y réfléchir.

Les contraintes à connaitre avant de s’engager

  • Obtenir un chien guide d’aveugle, c’est long ! Il faut en moyenne 2 ans pour éduquer un chien. Et il est rare que le nombre de chiens certifiés pour le guidage soit suffisant pour répondre à la demande. Après avoir déposé votre dossier, il vous faudra généralement patienter sur liste d’attente.
  • Une remise de chien dure en général deux semaines : une semaine à l’école et une semaine à votre domicile. Si vous travaillez, ces deux semaines sont généralement prises sur vos congés. Ne prévoyez pas de prendre des grandes vacances cette année-là.
  • Les chiens guides sont remis gratuitement mais le coût de leur nourriture et de leurs soins n’est pas négligeable. Renseignez-vous bien sur les aides dont vous pouvez disposer, comme par exemple la PCH « Aide animalière ».
  • Malgré la loi qui impose l’accès des chiens guides d’aveugles et chiens d’assistance dans tous les lieux ouverts au public, il est fréquent de se heurter à un accueil plutôt glacial. Méconnaissance des règles, peur, allergies ou dégoût des chiens, fausses idées sur ses capacités…, les raisons sont nombreuses et mieux vaut être préparé à faire face.
  • Pour être en bonne santé et équilibré, un chien guide d’aveugle a besoin de beaucoup de temps et d’attention. Le nourrir, le sortir 3 fois par jour au minimum et par tous les temps, le brosser, le soigner, lui offrir des moments de jeu et de détente…, assurez-vous bien d’avoir de la disponibilité à lui consacrer.
  • Vous ne pourrez sans doute pas emmener votre chien dans tous vos déplacements et pour toutes vos activités. Certains voyages peuvent être compliqués avec un chien guide. Dans ce cas, vous devrez avoir une solution de garde à votre disposition. Les écoles de chiens guides d’aveugles ont des réseaux de familles d’accueil temporaire qui peuvent remplir ce rôle à condition de bien anticiper.
  • La plupart des chiens perdent leurs poils et certains beaucoup plus que vous n’avez jamais osé l’imaginer ! Investir dans un bon aspirateur et des brosses à vêtements est un impératif à moins que vous n’ayez aucune exigence sur la propreté de votre habitation et de vos vêtements.
  • Si le chien guide d’aveugle se révèle être un merveilleux compagnon pour se rendre dans des lieux inconnus, il peut aussi être très inconfortable de ne pas savoir où l’emmener faire ses besoins. Encore une petite chose à anticiper.
  • Enfin, malgré toutes les qualités que développent les chiens guides d’aveugles au cours de leur éducation, il est fréquent que certains comportements liés à leur instinct animal persistent et les distraient de leur travail. Ce peut être un attrait irrésistible pour la nourriture ou encore la confrontation avec les congénères. Bien sûr, ce sont des aspects qui se travaillent. Il ne faut donc pas considérer l’éducation comme un acquis mais bien comme une base qui s’entretient et se construit au quotidien.

Des avantages qui peuvent faire oublier les contraintes

Tous les maîtres de chiens guides d’aveugles vous le diront : les contraintes ne sont rien par rapport au plaisir et à la liberté qu’offre ce fidèle compagnon. Mais ça, c’est quand on a choisi d’en avoir un !

  • Fluidité, rapidité, sérénité, sécurité…, se déplacer avec un chien guide n’a aucune comparaison possible avec un déplacement à la canne. Les obstacles disparaissent. Trouver sa trajectoire dans un grand espace n’est plus une difficulté dès lors que le chien connait son itinéraire. On retrouve le plaisir de la marche quand le déplacement à la canne n’est en général qu’un déplacement fonctionnel.
  • Le chien guide d’aveugle facilite les contacts sociaux. Il est fréquent que le chien soit un motif de conversation dans la rue, les transports ou les lieux publics. Les maîtres de chiens guides témoignent souvent de cet avantage qui fait même parfois naître des amitiés, voire des histoires d’amour !
  • Même si les chiens guides ne sont pas dressés pour défendre leur maître, leur présence a tendance à atténuer leur sentiment de vulnérabilité. Ainsi, certaines personnes déficientes visuelles osent des sorties avec leur chien qu’elles n’auraient jamais tenté à la canne.
  • Enfin, au-delà du sentiment de sécurité qu’ils peuvent procurer, les chiens guides apportent une compagnie joyeuse et réconfortante au quotidien. Et c’est valable pour toute la famille !

J’espère que cette analyse vous permet d’y voir maintenant plus clair sur votre choix d’aide à la mobilité. Dans tous les cas, ce n’est pas le nombre d’arguments en faveur ou en défaveur qui compte, mais bien le rapport entre contraintes et bénéfices que vous êtes prêts à accepter ! Un choix qui vous convient à une période de votre vie peut ne pas vous convenir plus tard. Rien n’est définitif et chaque décision est personnelle ! N’hésitez pas à faire part de votre expérience dans les commentaires !

6 Commentaires

  1. karine karine

    Cet article est très pertinent ! Je me permet néanmoins une remarque, on peut tout à fait effectuer des trajets inconnus avec un chien guide. Même si on n’est pas sûr de la direction à prendre, il faut orienter son chien et surtout lui faire confiance. Le top, c’est quand l’un a confiance en l’autre et viceversa. Concernant les voyages, en dehors de l’Asie, il n’y a pas trop de contrainte. Je suis moi-même allée au Brésil, au Maroc et dans divers pays européens avec mon chien, qui, par ailleurs, peut suivre un guide touristique. On pourrait enfin souligner l’importance de maintenir sa technique de canne car on l’utilise lorsqu’on lâche son chien et qu’on est seul. Bravo pour toutes les infos de ces newsletters.

  2. Raphaël POITEVIN Raphaël POITEVIN

    « Le chien guide d’aveugle facilite les contacts sociaux. Il est fréquent que le chien soit un motif de conversation dans la rue, les transports ou les lieux publics. Les maîtres de chiens guides témoignent souvent de cet avantage qui fait même parfois naître des amitiés, voire des histoires d’amour ! »
    Rah làlà ! Je devrais y songer ! 🙂 [sourire]

  3. Bonjour à tous !

    Je me permets de préciser le passage concernant les cannes blanches : je pense en effet qu’il est important de faire la différence entre les cannes dites de « signalement » et les cannes de locomotion car leurs caractéristiques, leurs fonctions et leur utilisation ne sont pas les mêmes.

    Les cannes de signalement :
    – permettent de signaler sa déficience visuelle ;
    – sont courtes et ne permettent pas de réaliser un balayage au sol ;
    – ont souvent des embouts fixes ;
    – se trouvent en pharmacie.

    Les cannes de locomotion :
    – permettent de signaler sa déficience visuelle ;
    – servent à se protéger des obstacles ;
    – servent à prendre des informations et des repères au sol ;
    – sont adaptées à sa taille et à sa vitesse de déplacement ;
    – peuvent avoir différents types d’embouts selon sa préférence ;
    – peuvent être blanches pour signaler sa cécité ou jaunes pour signaler sa malvoyance ;
    – ne sont pas disponibles en pharmacie car leur longueur est adaptée à chacun.

    Il est nécessaire d’en déterminer la bonne longueur et d’apprendre à s’en servir pour sécuriser ses déplacements. C’est le travail de l’instructeur de locomotion.
    Je vous conseille de vous renseigner auprès de l’association des instructeurs de locomotion sur leur site http://www.aildv.fr
    Sur la page d’accueil vous avez un bandeau avec différentes rubriques : cliquez sur la mention « Annuaires » (6ème rubirque). Cela vous renseigne sur les instructeurs de locomotion exerçant en libéral mais aussi sur les associations et les structures présentes dans votre région et salariant des instructeurs de locomotion.

    Les instructeurs de locomotion peuvent vous indiquer l’adresse d’un fournisseur auprès de qui vous passerez commande.

    Dernière précision : la sécurité sociale prend à sa charge environ 7€ pour l’achat d’une canne.
    Il n’est pas nécessaire d’avoir une ordonnance de votre ophtalmologiste ou d’un médecin pour acheter une canne.
    Il n’y a aucune restriction légale dans son utilisation : les personnes malvoyantes peuvent parfaitement utiliser une canne de locomotion et aussi la choisir de couleur jaune pour signaler qu’elles ne sont pas en cécité tout comme elles peuvent utiliser une canne blanche : cela reste un choix personnel.

  4. Lise Lise

    Merci Karine pour votre enthousiasme encourageant, et toutes ces précisions bien utiles ! C’est toujours intéressant d’avoir des retours du terrain, de situations vécues bien réelles !
    Je vous souhaite encore beaucoup de beaux voyages en bonne compagnie !

    Bien cordialement,

  5. Lise Lise

    Rah làlà, je te reconnais bien là Raphaël !

  6. Lise Lise

    Bonjour Valérie,

    Un grand merci pour ce commentaire très complet !

    Vous avez bien raison d’insister sur tous ces points et notamment sur l’importance des instructeurs de locomotion.

    En fait, si j’ai parlé de se procurer une canne en pharmacie, c’est que je l’ai déjà fait moi-même, en dépannage. Et je parle bien d’une canne de locomotion. J’ai sans doute eu la chance de tomber sur une pharmacie bien achalandée, et aussi de connaitre précisément la taille dont j’avais besoin.
    Il est vrai qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une ordonnance de son médecin pour se procurer une canne, mais le fait d’en avoir une facilite la demande de remboursement par la Sécurité Sociale et sa complémentaire santé.

    Concernant la canne jaune, elle est en effet parfois préférée par les personnes malvoyantes qui conservent une vision résiduelle exploitable. Adopter la canne blanche est une étape qui peut s’avérer lourde psychologiquement. Et j’en sais quelque chose !
    Cependant, il me semble bon de préciser que, contrairement à la Belgique, la canne jaune n’est pas reconnue en France et rares sont les personnes qui en connaissent la signification.

    Enfin, comme vous le dites très bien, c’est avant tout un choix personnel, le plus important étant que son utilisateur en tire des bénéfices !

    Bien cordialement,

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