Télécommandes de feux sonores, accessibilité des bâtiments, transports, démarches numériques… La Conférence nationale du handicap du 4 septembre 2026 a donné lieu à plusieurs annonces qui concernent directement le quotidien des personnes aveugles ou malvoyantes. Certaines semblent un peu réchauffées mais d’autres sont totalement inédites. Je vous propose de faire le point sur les engagements qui ont retenu mon attention.
Le 4 septembre 2026 s’est tenue une nouvelle Conférence nationale du handicap (CNH), trois ans après celle d’avril 2023. Si comme moi, vous l’avez suivie en direct, vous avez pu vous sentir frustrés du manque d’annonces concrètes. Mais le dossier de presse en dit beaucoup plus long, à condition d’avoir la patience de le lire jusqu’au bout. Rassurez-vous, je l’ai fait pour vous. À cette occasion, le Gouvernement a présenté 16 engagements destinés à faire progresser les droits et la participation des personnes en situation de handicap.
Le premier de ces engagements porte sur l’accessibilité, avec une ambition affichée : passer d’une société inclusive à une société pleinement accessible. Je dois reconnaître que certaines annonces m’ont donné une impression de déjà-vu. L’accessibilité des établissements recevant du public, la formation des professionnels ou encore l’amélioration des transports sont des objectifs dont nous entendons parler depuis de nombreuses années. Mais je ne veux pas non plus bouder les avancées annoncées. Le fait que ces sujets figurent à nouveau parmi les priorités nationales montre qu’ils ne sont pas abandonnés. Et plusieurs mesures méritent, à mon sens, une attention particulière.
Une distribution nationale des télécommandes de feux sonores : enfin !
C’est probablement l’annonce qui m’a le plus intéressée dans ce dossier de presse. Dans sa troisième mesure, consacrée à l’amélioration du quotidien des personnes en situation de handicap, le Gouvernement prévoit :
« Un dispositif national visant la distribution de télécommandes normalisées pour les feux sonores et destiné à toute personne déficiente visuelle qui en ferait la demande sera également mis en place. »
Pour celles et ceux qui connaissent les difficultés rencontrées sur le terrain, cette annonce est loin d’être anodine.
Pourquoi cette télécommande est-elle si importante ?
La télécommande universelle permet d’activer à distance les dispositifs sonores installés aux traversées piétonnes. Ceux-ci délivrent alors des informations sonores qui aident les personnes aveugles et malvoyantes à identifier le passage piéton et à connaître l’état du feu.
Cette même télécommande peut également activer les balises sonores installées à l’entrée de certains bâtiments, dans les gares ou dans d’autres lieux publics. Ces balises diffusent des messages permettant de localiser une entrée, de s’orienter ou d’obtenir des informations utiles. C’est donc un outil précieux pour se déplacer de manière autonome. Encore faut-il pouvoir se le procurer.
Mode d’emploi de la télécommande des feux sonores
Aujourd’hui, une distribution très inégale selon les territoires
Dans certaines villes, les collectivités distribuent gratuitement des télécommandes aux habitants déficients visuels. Dans d’autres, il faut se tourner vers une association, trouver un fournisseur ou acheter soi-même le matériel. Les démarches et les conditions d’obtention peuvent ainsi varier considérablement d’un territoire à l’autre. Sans compter que les lieux pour se procurer une télécommande sont parfois eux-mêmes inaccessibles. Cette situation est d’autant plus paradoxale que les feux sonores sont conçus pour fonctionner avec des télécommandes normalisées. À quoi bon installer des équipements d’accessibilité si les personnes auxquelles ils sont destinés ne disposent pas du moyen de les activer ? La perspective d’une distribution nationale, accessible à toute personne déficiente visuelle qui en fait la demande, représente donc une avancée potentiellement majeure. Elle pourrait mettre fin à une inégalité territoriale que nous sommes nombreux à dénoncer depuis longtemps.
Une annonce prometteuse, mais encore des questions
Pour l’instant, le dossier de presse ne précise ni le calendrier de déploiement, ni les modalités concrètes de distribution.
Plusieurs questions restent donc ouvertes : à qui faudra-t-il s’adresser ? Faudra-t-il fournir un justificatif ? Comment les personnes concernées seront-elles informées de l’existence du dispositif ?
J’espère surtout que la démarche sera simple et que la distribution ne dépendra plus du bon vouloir ou des moyens de chaque collectivité. Je ne manquerai pas de vous informer dès que des précisions seront apportées à cette annonce.
Accessibilité des bâtiments : une nouvelle échéance et davantage de contrôles
Le deuxième sujet que je souhaite mettre en avant concerne la mise en accessibilité des établissements recevant du public (ERP). Plus de vingt ans après la loi du 11 février 2005, il reste encore beaucoup à faire pour que les personnes handicapées puissent accéder aux bâtiments et y circuler dans de bonnes conditions.
Pour les personnes aveugles et malvoyantes, les difficultés sont encore trop peu prises en compte. Elles peuvent se présenter tout au long du parcours : absence de repères pour localiser l’entrée, signalétique insuffisante, escaliers difficiles à détecter, obstacles dans les circulations, manque d’informations accessibles…
Les établissements publics prioritaires devront être conformes d’ici 2029
La première mesure de la CNH prévoit un chantier d’accélération de l’accessibilité des établissements des services publics prioritaires. Sont notamment concernés :
- les écoles, collèges et lycées,
- les hôpitaux,
- les commissariats et gendarmeries,
- les tribunaux.
L’objectif annoncé est que la totalité de ces établissements soit conforme à la réglementation d’ici 2029. Cette échéance est ambitieuse et mérite d’être soulignée. Pouvoir se rendre dans un établissement scolaire, à l’hôpital ou dans un tribunal sans rencontrer d’obstacles devrait aller de soi. Pourtant, nous savons que ce n’est pas encore une réalité partout. J’espère que cette accélération se traduira par des travaux concrets et par une prise en compte de l’ensemble de la chaîne de déplacement, y compris des besoins spécifiques liés au handicap visuel. Car un bâtiment accessible ne se résume pas à une rampe d’accès ou à un ascenseur. Il faut aussi pouvoir trouver son chemin, identifier les différents espaces et accéder à l’information.
L’essentiel de l’accessibilité ERP aux personnes aveugles ou malvoyantes
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Les ERP de 5e catégorie sous surveillance
La deuxième mesure concerne les ERP de 5e catégorie, c’est-à-dire de nombreux établissements de proximité : petits commerces, restaurants, cabinets de professionnels libéraux ou autres structures accueillant du public, selon leur activité et leur capacité d’accueil.
Après l’échec du Fonds territorial d’accessibilité (FTA) lancé en 2023, le Gouvernement annonce un nouvel accompagnement de ces établissements, ainsi qu’un suivi régulier des plans d’action menés par les préfectures dans le cadre des contrôles.
Autre engagement notable : la publication, deux fois par an, des sanctions prononcées à l’encontre des ERP publics et privés ne respectant pas leurs obligations d’accessibilité. Cette transparence pourrait contribuer à rendre les contrôles plus visibles et à responsabiliser les gestionnaires d’établissements. Elle ne remplacera évidemment pas les travaux nécessaires. Mais elle pourrait rappeler que l’accessibilité n’est pas une simple démarche volontaire : elle relève aussi d’obligations réglementaires. Reste à voir quels moyens seront réellement consacrés aux contrôles et à l’accompagnement des établissements.
Une stratégie nationale de l’accessibilité pour 2026-2029
Au-delà de ces deux annonces, la CNH prévoit l’élaboration d’une première stratégie nationale de l’accessibilité, couvrant la période 2026-2029. Son ambition est large puisqu’elle doit concerner les bâtiments, la voirie, les transports, le logement, les services publics, le numérique, la culture, les loisirs et bien d’autres domaines.
Plusieurs orientations me semblent particulièrement intéressantes. D’abord, la mise en place d’un tableau de bord trimestriel destiné à suivre les progrès réalisés jusqu’en 2029. C’est une bonne nouvelle, à condition que les indicateurs retenus permettent réellement d’évaluer les améliorations vécues par les usagers.
Ensuite, la volonté de mieux associer les personnes en situation de handicap à la conception des politiques publiques. L’expérience des usagers est indispensable pour identifier les obstacles que les professionnels ne perçoivent pas toujours.
La stratégie prévoit également une meilleure information sur l’accessibilité des lieux et des déplacements, le renforcement des critères d’accessibilité dans la commande publique et la formation des professionnels concernés, notamment les architectes. L’idée que l’accessibilité doit être pensée dès la conception des projets, et non ajoutée après coup reste centrale. La bonne nouvelle, c’est que les travaux du groupe de travail ont déjà débuté, dès le 29 septembre, soit moins d’un mois après la conférence.
Transports et voirie : des évolutions à suivre
Plusieurs mesures concernent également les déplacements.
Une révision de la réglementation des transports guidés
L’arrêté du 13 juillet 2009 relatif à l’accessibilité des transports guidés urbains doit être révisé. Cette évolution concernera notamment les métros, tramways et transports par câble urbains. Elle doit permettre de mieux prendre en compte les équipements et les pratiques qui ont évolué depuis la publication du texte, notamment les portes palières et les dispositifs de guidage innovants.
Pour les personnes déficientes visuelles, c’est un sujet important.
L’accessibilité d’un réseau de transport repose sur de nombreux éléments complémentaires : guidage jusqu’aux quais, repérage des portes, annonces sonores, informations accessibles et sécurité des déplacements. J’espère que cette révision permettra de mieux prendre en compte ces besoins et d’harmoniser les pratiques entre les réseaux.
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Des gares accessibles dans la perspective des Jeux d’hiver 2030
La CNH annonce également la mise en accessibilité des gares ferroviaires desservant les sites des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver des Alpes françaises 2030.
L’objectif est de faciliter les déplacements pendant l’événement, mais aussi de laisser un héritage durable aux territoires concernés.
Les Jeux de Paris 2024 ont montré que les grands événements sportifs pouvaient accélérer certains projets d’accessibilité. Espérons que cette dynamique se poursuive, sans oublier les besoins quotidiens des habitants.
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Aéroports et nouvelles mobilités
Dans le transport aérien, le Gouvernement prévoit notamment de renforcer la formation des personnels, d’améliorer la signalétique et de rendre accessibles les informations relatives aux infrastructures et aux services d’assistance. Le ministère des Transports intégrera également les enjeux du handicap aux travaux sur le véhicule autonome.
Ces perspectives sont intéressantes, même si leurs effets concrets sur l’autonomie des personnes aveugles et malvoyantes restent encore à préciser.
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Paiements, démarches administratives et accueil : l’accessibilité du quotidien
L’accessibilité ne se limite pas aux déplacements. La CNH aborde aussi plusieurs situations que nous rencontrons régulièrement dans la vie quotidienne.
Des terminaux de paiement accessibles
Les travaux de normalisation visant à rendre accessibles les terminaux de paiement électroniques doivent être finalisés d’ici la fin de l’année 2026, pour permettre ensuite une mise en service progressive. C’est un enjeu essentiel à l’heure où les écrans tactiles se généralisent. Pour une personne aveugle, saisir son code confidentiel sur un terminal dépourvu de repères tactiles ou de solution accessible peut être impossible sans assistance. Pouvoir payer ses achats de manière autonome, tout en préservant la confidentialité de son code, devrait être une évidence.
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Des démarches administratives numériques plus accessibles
C’était déjà un objectif de la CNH 2023. Cette fois, le Gouvernement annonce un fonds destiné à soutenir la mise en conformité des démarches numériques essentielles de l’État.
Des comités de suivi, associant notamment les représentants des personnes handicapées, doivent accompagner le programme des « 250 démarches essentielles », avec un objectif de mise en accessibilité d’ici la fin de l’année 2026.
Là encore, l’objectif est important. Une démarche administrative inaccessible peut empêcher une personne de faire valoir ses droits, de prendre rendez-vous ou d’obtenir un service. Il faudra néanmoins vérifier que l’accessibilité annoncée correspond bien à une utilisation effective avec les technologies d’assistance, notamment les lecteurs d’écran.
Une meilleure formation des agents publics
La CNH prévoit également de renforcer la formation des agents publics à l’accessibilité numérique et de déployer une nouvelle formation interministérielle à l’accueil des personnes handicapées.
Je suis convaincue que la formation joue un rôle essentiel. Des équipements accessibles sont indispensables, mais ils ne suffisent pas si les professionnels ne savent pas accueillir, informer et accompagner correctement les personnes concernées.
Un meilleur respect des droits des personnes accompagnées d’un chien guide
Autre annonce importante : la compétence permettant de verbaliser les refus d’accès opposés aux personnes accompagnées d’un chien guide ou d’assistance doit être transférée à la police municipale. L’association des maîtres de chiens guides d’aveugles, ANM Chiens guides, alerte cependant sur l’importance de former les policiers municipaux qui, encore trop souvent, ignorent la réglementation.
Une réforme du statut des chiens guides et d’assistance ainsi que de la certification des centres de formation est également prévue.
Nous sommes nombreux à espérer que ces évolutions contribueront à faire reculer les refus d’accès qui persistent malgré les droits existants.
Culture et handicap visuel : plusieurs perspectives intéressantes
Le dossier de presse contient aussi des annonces concernant l’accès à la culture.
La France demandera notamment l’inscription du braille au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO, deux cents ans après son invention. Au-delà de sa portée symbolique, cette initiative serait une belle reconnaissance de l’importance du braille pour l’accès à l’éducation, à la culture et à l’autonomie.
D’autres engagements concernent directement les pratiques culturelles.
Le portail national de l’édition accessible et adaptée doit être déployé à partir de 2028, sous l’impulsion de la Bibliothèque nationale de France.
Un plan national d’accessibilité des salles de cinéma est également annoncé pour la période 2026-2029. Il prévoit notamment de développer les séances accessibles, dont celles proposant de l’audiodescription, et d’améliorer l’information des spectateurs.
Enfin, les lieux culturels doivent poursuivre leurs efforts d’accessibilité et développer des expériences inclusives, notamment dans les monuments nationaux.
Ces orientations sont encourageantes. L’accès à la culture ne doit pas seulement signifier pouvoir entrer dans un lieu : il faut aussi pouvoir profiter pleinement des œuvres et des expériences proposées.
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Un futur espace de ressources consacré au handicap visuel
Parmi les mesures présentées dans l’engagement sur l’innovation de la CNH, j’ai également relevé une annonce spécifiquement consacrée au handicap visuel.
Le Campus Louis Braille et l’Institut national des jeunes aveugles (INJA), en lien avec l’hôpital des Quinze-Vingts, doivent conduire une mission de préfiguration d’un futur espace de ressources et d’expertises.
Le dossier de presse ne donne pas encore beaucoup de détails sur ce projet.
Il sera intéressant de découvrir ses missions, les publics auxquels il s’adressera et la place qu’il accordera aux innovations susceptibles d’améliorer l’autonomie des personnes déficientes visuelles.
Des engagements encourageants… à condition qu’ils deviennent réalité
Que retenir de cette Conférence nationale du handicap 2026 ?
D’abord, que l’accessibilité figure clairement parmi les priorités affichées par le Gouvernement avec 9 mesures sur les 65 au total. La volonté de mettre en place une stratégie nationale, des indicateurs de suivi et des contrôles plus visibles va dans le bon sens.
Ensuite, que certaines annonces pourraient avoir des conséquences très concrètes dans notre quotidien.
Je pense particulièrement à la distribution nationale des télécommandes de feux sonores. C’est une mesure relativement simple dans son principe, mais qui pourrait faire une vraie différence pour de nombreuses personnes déficientes visuelles.
Je suivrai également avec attention les engagements concernant l’accessibilité des bâtiments, notamment l’échéance de 2029 pour les établissements publics prioritaires et le renforcement des contrôles des ERP.
Pour autant, je reste prudente. Nous avons déjà connu de grandes annonces, des calendriers ambitieux et des engagements qui ont mis beaucoup de temps à se traduire sur le terrain.
La vraie question n’est donc pas seulement de savoir ce qui a été annoncé le 4 septembre 2026, mais ce qui aura effectivement changé dans nos villes, nos transports et nos établissements publics au cours des prochaines années.
Je veux néanmoins y voir un espoir. Si certains objectifs reviennent régulièrement dans les discours officiels, c’est aussi parce qu’ils restent essentiels et qu’ils ne sont pas encore atteints. À nous, usagers, associations, professionnels et collectivités, de continuer à les faire vivre, à demander des comptes sur leur mise en œuvre et à contribuer aux solutions.
Et vous, quelle annonce de cette CNH 2026 vous semble la plus importante ? Quels changements attendez-vous en priorité dans votre quotidien ? Je serai heureuse de lire vos réactions et vos expériences.
Source :
dossier de presse de la Conférence nationale du handicap du 4 septembre 2026, notamment les mesures 1 à 9, 36, 37, 41 et 51.
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